Histoires de reconversions
« Le processus de reconversion permet souvent de se découvrir une force de caractère qu’on ne soupçonnait pas. »
Sur son feu blog « Les Nouveaux Audacieux », Corinne Martin-Rozès raconte des histoires de reconversions. Un architecte devenu cuisinier, un ex-pharmacien aujourd’hui œnologue, un ancien publicitaire qui cultive aujourd’hui la terre : entre tous ces profils et malgré leur extrême diversité, y a-t-il des points communs ? Peut-on dégager des traits similaires dans tous ces parcours, des jalons par lesquels passe tout candidat à la reconversion ? Voici quelques unes des questions que je suis allée lui poser.
Marjorie Llombart – Quand on se reconvertit, il faut une sacrée motivation…
Corinne Martin-Rozès – C’est un euphémisme ! Pour la plupart des reconvertis que j’ai interviewés, surtout ceux qui ont pris eux-mêmes la décision, sans y être amenés par des circonstances extérieures, cela relève néanmoins de l’évidence. A un moment de leur vie, souvent autour de 40 ans mais pas exclusivement, leur besoin de s’épanouir professionnellement devient impérieux et prend le pas sur toutes les considérations, qu’elles soient matérielles ou autres. J’ai coutume de dire qu’à ce stade, c’est le « petit soupçon d’inconscience » qui fait la différence et permet de se lancer dans l’aventure. Certains ressentent le besoin de se rendre utiles, d’autres décident de se tourner vers un métier plus concret (souvent dans l’artisanat ou au contact de la nature). Ils sont nombreux à ne plus se retrouver dans les modèles classiques de notre société, à ne plus vouloir travailler en entreprise. Certains ont été profondément blessés (licenciement, burn-out), d’autres n’arrivent plus à trouver de sens à ce qu’on leur demande chaque jour. Et tous cherchent tout simplement à retrouver le plaisir de se lever, chaque matin, pour aller travailler.
M.L.– Savoir vers quel nouveau métier se tourner, est-ce si évident pour tout le monde ?
C.M.-R. – Il y a deux cas : ceux qui savent exactement ce qu’ils vont faire et pourquoi, et ceux qui mettent un certain temps à trouver leur nouvelle voie, tout en sachant qu’il leur faut changer de vie. Il peut s’agir de vivre enfin à fond sa passion et là, aucune hésitation, la voie est tracée. Mais dans de nombreux cas je constate que les personnes prennent leur temps, laissent mûrir les choses. En parlant de son désir de changer de vie autour de soi, en exprimant ses envies, ses affinités, il n’est pas rare de voir des personnes vous mettre en contact avec d’autres : ainsi Sabine, ma toute première interviewée a-t-elle tout simplement commencé par discuter avec le fleuriste de son marché, qui lui a fait rencontrer une professeure d’art floral, et tout est parti de là. Fabien, futur prof de maths, s’est rapproché d’enseignants en collège avant de sauter le pas. Val, traductrice, a eu une révélation un jour en voyant un reportage sur les malles de voyage avant de se lancer dans un CAP d’artisan-maroquinier. Quant à Véronique, c’est en lisant un roman où l’un des personnages exerçait ce métier qu’elle a eu envie de devenir correctrice. Ils ont tous en commun de n’avoir fermé aucune porte, d’être restés perméables aux suggestions extérieures, d’être allés de l’avant.
M. L.– Comment réagit l’entourage, sur un plan général ?
C.M.-R. – Le regard des autres n’est pas toujours tendre et rarement encourageant lorsqu’on annonce sa décision de prendre un virage à 180°. Plusieurs reconvertis m’ont indiqué avoir cessé de parler avec certaines personnes, à un moment donné. Car hélas les oiseaux de mauvais augure, parfois bien intentionnés, ne manquent pas et cherchent à décourager le candidat. Les parents sont en général très inquiets, voire hostiles, ce qui occasionne parfois des brouilles familiales. Certains proches (ou moins proches) projettent alors sur la personne leurs angoisses, leurs échecs, leur propre peur du changement, ou même leur jalousie de la voir évoluer alors qu’eux n’en ont pas le courage. « Ce n’est pas le moment », « reste au chaud là où tu es, tu ne sais pas dans quoi tu t’embarques », « tu es trop vieux pour changer de métier » : voilà un petit florilège non exhaustif des réflexions qui m’ont été rapportées.
M.L.– Quid de la vie familiale pendant une reconversion ?
C.M.-R. – J’ai remarqué qu’une fois la décision prise, les candidats à la reconversion se révèlent la plupart du temps inflexibles, tournés à 200% vers leur objectif, quitte à se découvrir parfois une force de caractère qu’ils ne soupçonnaient pas. Leur entourage proche est tellement bluffé que, bien souvent, les réticences tombent d’elles-mêmes et le soutien s’organise naturellement : à ce titre, il est important d’associer sa famille proche au projet en lui donnant des explications, un calendrier, en un mot du concret. Le conjoint, dont la bienveillance est capitale dans la réussite du projet, constitue un pilier essentiel du processus, tout comme les enfants quand il y en a : « Maman / Papa retourne à l’école, il a des révisions et des examens, comme nous ! ». J’ai vu des cas où la petite famille se mettait en quatre pour que la période de transition se passe bien, supportant les inconforts que cela peut engendrer quand un des parents est très peu disponible. Parfois aussi, les partenaires passent une sorte de marché : chacun son tour, l’un se reconvertit, l’autre le soutient (moralement et financièrement) et une fois que c’est fait, on échange les rôles. Il existe aussi les cas où le couple se reconvertit en même temps et sur un même projet : partir retaper un hameau et ouvrir des chambres d’hôte, par exemple. Mais dans ce que j’observe, cela reste tout de même plutôt une démarche personnelle, grâce à laquelle on part en quelque sorte à la recherche de soi-même.
M.L.– Comment ne pas flancher en cours de route ?
C.M.-R. – Je le disais ci-dessus, il est primordial d’associer ses proches et de leur donner une véritable lisibilité du processus. Au-delà de la cellule familiale, il faut aussi savoir s’entourer. Les coups de pouce et conseils avisés viennent rarement de là où on les attendait, au contraire. Il est important de s’ouvrir, de sortir de son cercle de référence, d’aller vers d’autres personnes, comme celles que l’on rencontre dans une formation, dans des clubs d’entrepreneurs ou sur des communautés virtuelles, trois configurations où des gens partagent un objectif commun. Ariane n’avait carrément rien dit à son entourage (sauf à son conjoint) et le seul soutien qu’elle a eu durant toute sa formation par le CNED est venu d’un forum sur internet. Elisabeth a réussi son CAPES en travaillant en binôme avec une étudiante de sa fac et en suivant les conseils d’un professeur bienveillant. Christine a notamment été aidée par la Maison de la Création d’Entreprise et la Maison de l’Emploi de sa commune. Dans tous les cas, ces apports décisifs au processus de reconversion sont venus de nouvelles personnes, rencontrées après avoir pris la décision de changer de vie. Ce n’est pas anodin. Enfin, tous ceux qui ont fréquenté une classe d’adultes en reconversion m’en ont parlé avec enthousiasme : cela semble être une expérience formidable. A bon entendeur !
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Je suis Marjorie Llombart, la fondatrice de Dessine-moi une Carrière, cabinet expert en reconversion professionnelle depuis 2013.
J'ai créé le coaching de reconversion holistique™ pour permettre aux femmes en quête de sens de trouver l'activité qui leur correspond (même si elles sont perdues entre plusieurs idées et qu'elles ont peur de se tromper).
Avec mon équipe, nous avons accompagné des centaines de femmes dans leur reconversion grâce à cette méthodologie innovante !
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Au plaisir de vous aider


